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Bibliophilie et revues fin de siècle : collection et innovation

Résumé : À quoi servent les bibliophiles ? Idolâtres, perdus dans leurs ouvrages, le XIX e siècle les représente souvent comme des parasites de la création littéraire : les amateurs véritables ne s'intéresseraient qu'aux ouvrages anciens, repliés dans un marché fermé sur lui-même ; les bourgeois nantis se piquant de collection ne seraient sensibles qu'aux livres d'étrennes produits spécialement à leur usage 1. Dans la dernière décennie du siècle, une forme de collaboration s'opère pourtant entre amateurs de beaux livres et créateurs avant-gardistes. Le mouvement symboliste, qu'on peut définir comme le sous-champ de production restreinte du système littéraire et artistique fin de siècle 2 , trouve en effet les conditions de son autonomie (aussi bien en termes de valeurs qu'en termes financiers) dans une forme d'alliance avec les amateurs bourgeois et les bibliophiles endurcis, précisément grâce à la notion de collection. La création d'un espace autonome de création d'avant-garde passe dans les années 1890 par la consolidation d'un phénomène médiatique : celui des « petites revues 3 ». Autour de revues pionnières comme La Plume, le Mercure de France, La Revue blanche, L'Ermitage, des dizaines de titres plus ou moins éphémères voient le jour. Les liens tissés entre ces périodiques, par les comptes rendus de parution, le partage des collaborateurs, les échanges d'espaces publicitaires (fig. 1), voire tout simplement leur présence simultanée sur les étalages de certains libraires spécialisés dans les publications symbolistes, comme Léon Vanier, permettent l'émergence d'un véritable espace médiatique autonome, avec son personnel de presse, son public, son réseau de distribution, et un mode de financement reposant sur l'idée de collection. En effet, contrairement aux « petits journaux » qui les ont précédées 4 , ces revues misent d'emblée sur une forme de matérialité luxueuse pour se démarquer des autres productions de la presse de l'époque. Elles ne se contentent pas d'adopter le format livre, comme les « grandes revues » (dont la Revue des Deux-Mondes est l'archétype), mais jouent sur l'expérimentation typographique, visuelle, graphique. À la croisée des revues d'art, des périodiques satiriques illustrés, des albums de peintres, elles font cohabiter le texte et l'image, multipliant les illustrations, les horstextes, les estampes encartées pour devenir des objets d'art, tel L'Ymagier, la revue d'estampes publiée par Gourmont et Jarry entre 1894 et 1896 (fig. 2). Ces revues forment un espace singulier, à l'intersection de l'univers médiatique et du monde de la bibliophilie. Quel est le rôle des collectionneurs dans l'émergence de cet espace culturel « â côté 5 » ? Ce rôle doit être analysé autant d'un point de vue économique que social et esthétique, afin de comprendre comment a pu se mettre en place ce champ médiatique autonome 6 .
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Contributor : Administrateur Hal Nanterre <>
Submitted on : Tuesday, December 8, 2020 - 4:35:43 PM
Last modification on : Thursday, December 17, 2020 - 4:09:30 AM

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17 Bibliophilie et revues fin ...
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Julien Schuh. Bibliophilie et revues fin de siècle : collection et innovation. Nathalie Preiss. Le XIXe siècle à l’épreuve de la collection, EPURE, p. 213-232, 2018, Actes du colloque du 19-20 novembre 2015, Université de Reims Champagne-Ardenne. ⟨hal-03047023⟩

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